Pas facile de décrocher un emploie ces temps de crise. Henri Dessous, 23 ans, ingénieur en génie électrique, en fait l’expérience depuis le mois de juin. Ce jeune diplômé de l’Institut national des sciences appliquées (INSA), habitant Vaulx-en- Velin (Rhône), a intégré il y a quelques semaines un dispositif d’accompagnement mis en place par l’Association pour l’emploi des cadres (APEC) pour favoriser l’égalité des chances. « Quand on est seul et qu’on reçoit beaucoup de réponses négatives aux candidatures, c’est décourageant. Participer aux ateliers me permet de retrouver une dynamique », raconte-t-il. Et d’améliorer son CV, ses lettres de motivation, la mise en valeur de son parcours, etc. Ce travail de fond lui paraît plus indispensable que l’atelier de sensibilisation aux discriminations: «Une fois sur deux, en entretien, les recruteurs remarquent que je viens de Vaulx-en-Velin. Mais, pour moi, ça peut être un plus car, malgré tout, j’ai réussi mes études. S’il m’est arrivé d’être refoulé à l’entrée d’une discothèque, j’ai peine à croire au même type de discrimination en entreprise. C’est un monde de professionnels qui doivent juger sur les compétences.» Comment aider les jeunes diplômés souvent dits «éloignés de l ’emploi » parce qu’ils résident dans des Quartiers considérés comme difficiles ou parce qu’ils portent un nom à consonance étrangère? Au printemps, l’APEC avait décidé de lancer une opération à destination des diplômés des zones urbaines sensibles (ZUS), qui peinent dans la recherche de leur premier poste. Avec l’idée de leur proposer du conseil personnalisé. Mais les contacter n’a rien d’une mince affaire. « Après quelques mois de recherches actives, ils prennent des jobs alimentaires et deviennent beaucoup moins visibles », explique Guy Augustin, responsable du centre Luos Breguet, à Paris. L’association a donc embauché en CDD pour un an une vingtaine de « chargés de recherche », eux aussi jeunes diplômés, formés à la gestion des ressources humaines et choisis pour leurs «capacités à entrer en relation avec le public ciblé», ainsi que leur «connaissance des tissus locaux concernés».
Etablir un lien Mission de cette petite armada qui opère en Ile-de-France, mais aussi dans d’autres grandes villes comme Marseille ou Lille ? Aller à la rencontre des jeunes diplômés des banlieues, leur présenter le programme d’action et prospecter les entreprises (domiciliation à Paris), en les sensibilisant à la diversité. Albert Théric, basé au centre APEC de Cergy (Val-d’Oise), est à pied d’oeuvre depuis septembre: «Je fais le tour des associations de quartier, des missions locales, des points information jeunesse dans les mairies. J’utilise les réseaux sociaux – Viadeo, LinkedIn, Facebook –mais aussi mon réseau personnel. » A Lyon, il est allé sur le terrain, en installant un stand dans un centre commercial de Vaulx-en-Velin un samedi après-midi: «Cela a permis de discuter avec une trentaine de jeunes plus ou moins diplômés, dont deux bac +4 ou 5.» Etablir le lien et les convaincre de bénéficier d’un suivi de quatre mois est un premier pas. Mais l’APEC s’est heurtée à une autre difficulté. Plusde50%des jeunes diplômés accompagnés ont quitté le programme après le premier atelier. «L’approche par la lutte contre les discriminations ne fonctionne pas, admet Jacky Phatelin, directeur général. Agir avec de bonnes intentions ne suffit pas ; celles-ci sont même parfois contre-productives. » Selon lui, nombre de jeunes des quartiers difficiles sont dans un déni de la discrimination. Ou, à tout le moins, n’ont pas envie d’être renvoyés à ce vécu, conscient ou inconscient, de discrimination, dont ils pensent justement se sortir grâce à leur diplôme. Bref, les ateliers spécifiques qu’on leur proposait avaient tout d’un nouveau ghetto qui n’a pas beaucoup plu. «Notre opération faisait apparaître qu’on ciblait un public qui ne veut pas être ciblé, poursuit M.Phatelin. Nous avons donc corrigé le tir, en parlant d’égalité des chances et en proposant nos actions à une palette plus large de jeunes diplômés, afin d’introduire plus de… diversité dans les réunions », qui sont désormais ouvertes à ceux qui ont fait leur cursus dans une université ayant une mauvaise image ou suivi une filière peu prisée des recruteurs, ceux qui ont déjà un enfant ou qui changent de région et se retrouvent encore plus isolés. En plus des ateliers sur les techniques de recherche d’emploi, tous sont conviés à des ateliers sur les thèmes plus généraux de «Gérer sa différence » ou « Les atouts de la réussite ». Mohamed Amarah, 27 ans, son mastère de marketing de l’ESC Lille en poche, veut mettre toutes les chances de son côté, ense rendant régulièrement au centre APEC de Nanterre. Lui qui, après son BTS en gestion commerciale, a fait quatre ans en entreprise avant de reprendre des études, n’a pas le sentiment d’avoir été confronté à des pratiques discriminatoires : «Mais, quand on est d’une autre origine, faire un travail sur soi peut-être intéressant pour se donner davantage confiance. Avec la crise, en tant que jeunes diplômés, on est déjà assez angoissés
vendredi 19 février 2010
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